TOUT SAVOIR SUR L’HAMAMÉLIS, ARBRE AUX ARAIGNÉES D’OR


Hamamelis x intermedia ‘Winterstede’. MAP/Pasquel
En se couvrant à la fin de l’hiver d’étranges fleurs filiformes jaune d’or, orange ou rouges qui évoquent de longues pattes d’araignées, l’hamamélis se distingue des autres petits arbres d’ornement. Il mérite une place de choix dans tous les jardins, d’autant qu’il nous offre une seconde explosion colorée en automne, lorsque son feuillage se pare de teintes évolutives exceptionnelles. C’est un arbrisseau du plus grand intérêt ornemental, et de culture assez facile, qui reste encore trop peu répandu dans nos jardins. C’est pourquoi, je vous présente cette plante qui est mon coup de cœur de l’automne eet de l’hiver dans la vidéo ci-dessous, et que je vous propose de lire l’article qui l’accompagne pour en découvrir tous les secrets et biensûr mes meilleurs conseils pour le réussir…
L’hamamélis, l’arbre qui porte ses fruits avec les fleurs
Dans son Genera plantarum daté de mai 1753, le grand naturaliste suédois Karl von Linné (1707-1778) a nommé le genre Hamamelis, mais il est aujourd’hui attribué officiellement au botaniste néerlandais Jan Frederik Gronovius (1686 – 1762) qui fut son professeur et qui, le premier, décrivit la plante. Bien que la littérature scientifique botanique fasse mention de 54 appellations d’espèces et de sous-espèces différentes, la nomenclature officielle n’en retient aujourd’hui plus que trois : H. mollis, H. virginiana et H. virginiana subsp. vernalis.

Jan Frederik Gronovius fut le premier à décrire scientifiquement un hamamélis.
Le nom hamamélis vient du grec hama, ensemble et melon, fruit, allusion à la fructification en capsules qui est présente sur les rameaux en même temps que les fleurs. Les Grecs de l’Antiquité donnaient le nom d’Hamamelis au néflier (Mespilus germanica).

La fructification en capsules d’Hamamelis virginiana. ©Flora
Une famille végétale qui enchante le jardin en automne
Le genre Hamamelis a donné son nom à la famille des Hamamélidaceae, créée en 1818 par le célèbre botaniste écossais Robert Brown (1773-1858). Cette famille regroupe, selon les taxonomistes, de 25 à 27 genres répartis en une centaine d’espèces. On y retrouve des plantes ornementales du plus grand intérêt tels les : Corylopsis, Fothergilla, Liquidambar (copalme d’Amérique), Loropetalum, Parrotia, Sycopsis, qui pour la plupart produisent une spectaculaire coloration automnale du feuillage.

Loropetalum chinense, un cousin de l’hamamélis dont les fleurs ont une forme similaire. ©www.map-photos.com – N. & P. Mioulane
L’explosion colorée des feuilles d’hamamélis
Très rustiques, les hamamélis sont de grands arbustes et même souvent des arbrisseaux, à feuillage caduc. Les feuilles alternes, arrondies à l’extrémité, crénelées, dentées, légèrement veloutées à la face inférieure, ressemblent à celles du noisetier (Corylus). Elles mesurent de 5 à 15 cm de long, selon les espèces. D’un vert franc durant la saison de végétation, elles se parent en automne d’exceptionnelles nuances, mêlant le jaune, l’orange, le rouge vif et le cuivre.

Le magnifique feuillage automnal d’Hamamelis x intermedia ‘Diane’. ©www.map-photos.com
La floraison de l’hamamélis annonce le printemps
Tant que la durée du jour décline, les hamamélis (hormis H. virginiana qui s’épanouit en automne) restent en boutons. C’est généralement l’accroissement du temps d’ensoleillement, associé à une température diurne nettement supérieure à 0 °C, qui stimule l’épanouissement des fleurs.
Légèrement parfumées, ces dernières apparaissent sur les rameaux d’un et deux ans. Elles sont hermaphrodites (polygames), réunies par deux ou trois en glomérules tout au long des tiges. Les quatre pétales de 1,5 à 3 cm de long, très étroits et chiffonnés, peuvent évoquer des pattes d’araignées, d’où l’appellation poétique : « arbre aux araignées d’or ». Les fruits sont des capsules qui s’ouvrent en deux valves contenant les graines.

Les fleurs d’Hamamelis x intermedia ‘Ruby Glow’ s’épanouissent en février sur des rameaux dénudés. ©www.map-photos.com – N. & P. Mioulane
Pourquoi accueillir un hamamélis dans votre jardin…
Les hamamélis sont des petits arbres de croissance lente, ce qui les rend précieux dans les petits jardins d’aujourd’hui, même s’ils ont tendance à prendre une certaine ampleur en vieillissant, en développant des branches plutôt horizontales. Dans les petits jardins, plantez un sujet en isolé dans un endroit visible depuis la maison ou bien à l’entrée de la propriété afin de bien profiter de la floraison hivernale. Dans les propriétés plus vastes, constituez un petit bosquet de trois à cinq sujets, afin d’obtenir un effet spectaculaire lors de la floraison.

Les hamamélis hybrides comme ici ‘Diane’ sont très intéressants pour leur floraison qui colore joliment l’hiver. ©www.map-photos.com – N. & P. Mioulane
Les hamamélis supportent des températures très basses (de l’ordre de – 20 °C), ce qui garantit leur parfaite rusticité dans toutes les régions. Il faut toutefois leur épargner le Midi méditerranéen, car ils apprécient une certaine fraîcheur en été. En revanche, les fleurs hivernales sont très tolérantes au froid, puisqu’elles résistent à une prise en glace complète.

Une fois épanouies, les fleurs de l’hamamélis supportent des températures très basses et peuvent être prises en glace. ©www.map-photos.com
Les bonnes plantes compagnes des hamamélis
Plantez un hamamélis devant une haie de conifères ou d’arbustes persistants pour apporter une touche de fantaisie et de couleur. L’association avec de grands rhododendrons, est toujours réussie car ces derniers mettent en valeur la floraison précoce des hamamélis en constituant un fond de verdure avant de fleurir à leur tour.
Composez une véritable féerie hivernale avec un Camellia sasanqua à fleurs rose tendre ou rouge vif pour accompagner un hamamélis jaune. Associez plutôt un camélia à fleurs blanches avec un hamamélis rouge.

Une belle composition hivernale : Hamamelis x intermedia ‘Arnold Promise’ associé avec la bruyère Erica darleyensis Bean. ©www.map-photos.com – N. & P. Mioulane
Je vous conseille de garnir le pied de votre hamamélis avec des bulbes à floraison printanière, ce qui renforce l’intérêt décoratif de l’arbuste en apportant une touche colorée supplémentaire. Les jacinthes des bois (Hyacinthoides non-scripta) et les narcisses sont parfaits pour au printemps dans la période où l’hamamélis paraît dénudé, puisqu’il a fini de fleurir, mais ne s’est pas encore couvert de ses nouvelles feuilles. Pensez également aux colchiques (Colchicum autumnale) pour accompagner l’embrasement du feuillage de l’hamamélis en automne. Pendant la saison de végétation, un tapis de plante couvre-sol à feuillage persistant comme les fleurs des elfes (Epimedium) est aussi une bonne idée.

La mise en valeur de l’Hamamelis mollis par un tapis d’Epimedium pinnatum est évidente. ©www.map-photos.com
Et pourquoi pas un hamamélis sur le balcon ?
Il est possible de cultiver un jeune hamamélis en bac pendant 5 ans environ dans un bac de 30 à 40 cm de diamètre rempli d’un mélange de terreau de plantation et de terre de bruyère. Cet arbuste poussant très lentement dans ses premières années (il atteindra 1,50 m de haut et 2 m de large, en cinq ans), il se comporte très bien dans tous les types de contenants. Associez-lui un houx, un conifère de rocaille, un fusain car la présence d’une plante à feuillage persistant le mettra bien en valeur. Mais on profitera surtout du feuillage d’automne, la floraison n’étant réellement spectaculaire que chez les sujets adultes.

Un hamamélis dans un pot apporte une note éclatante en hiver sur le balcon ou la terrasse. ©www.map-photos.com – F. Strauss
Un sol acide et riche en humus
S’il est vrai que l’hamamélis pousse beaucoup mieux dans un sol acide, la terre de bruyère pure constitue un substrat un peu trop pauvre pour assurer sa croissance vigoureuse et durable. Toutefois, de bons résultats sont enregistrés en compagnie des rhododendrons dans les massifs de terre de bruyère, à condition d’épandre chaque printemps au pied des hamamélis un amendement organique associant un fertilisant à base de fumiers et d’algues et du compost.
Vous pouvez aussi pailler le sol jusqu’à l’aplomb de la ramure avec 5 cm de brf (bois raméal fragmenté) ou de mulch végétal ce qui permet à l’hamamélis de mieux résister aux périodes chaudes et sèches. Après la floraison, incorporez au sol un peu d’engrais à action lente en progressive, qui assurera la nourriture de la plante.

Les feuilles d’or d’Hamamelis mollis peuvent être laissées sur le sol en automne pour servir d’amendement organique naturel. ©Flora
Un emplacement lumineux, mais sans soleil brûlant
Une exposition ensoleillée le matin et plutôt semi-ombragée l’après-midi est idéale (est, nord-est) en veillant à abriter l’hamamélis des vents frais et desséchants. Il importe que le sol ne se dessèche pas durant l’été. Arrosez copieusement les soirs de fortes chaleurs et n’hésitez pas à doucher le feuillage. Un hamamélis qui manque d’eau peut prendre sa coloration automnale dès le mois de juillet ce qui épuise la plante à terme.

Installez l’hamamélis en sol acide et dans un endroit semi-ombragé. ©Flora
Les hamamélis aux petits soins
Il n’est pas nécessaire de tailler les hamamélis, excepté pour éliminer le bois mort et rééquilibrer la silhouette si la croissance est dissymétrique, en raison d’un éclairage irrégulier par exemple.
En général, tous les hamamélis se montrent insensibles aux maladies et sont très peu attaqués par les insectes. Planté dans un sol alcalin (calcaire) les feuilles de l’hamamélis souffrent rapidement d’une chlorose (jaunissement).
La plupart des hamamélis du commerce sont propagés par greffage, ce qui en explique leur prix relativement élevé. En général, tous les cultivars sont greffés sur Hamamelis virginiana. Il est possible d’observer la formation de gourmands (rejets du porte-greffe) qu’il faut éliminer dès leur apparition.

Les grands hamamélis adultes comme cet Hamamelis mollis vu à l’Arboretum de Kalmthout en Belgique peuvent nécessiter une taille de rééquilibrage après la floraison. ©www.map-photos.com