« Tout ce qu'elles peuvent avoir, en elles, de personnalité mystérieuse, tout ce qu'elles contiennent de symboles émouvants et de délicieuses analogies, tout l'art exquis qui rayonne, en prodiges de formes éducatrices, de leurs calices, on s'acharne à le leur enlever. On les oblige à disparaître, taillées, rognées, ébarbées, nivelées par un criminel sécateur, dans une confusion inharmonique, dans une sorte de tissage mécanique et odieux. Elles ne sont plus tolérées dans les jardins, qu'à la condition de dire la suprême sottise du jardinier, d'étaler par des chiffres et par des noms la richesse et la vanité du propriétaire. Les hommes exigent qu'elles descendent jusqu'à leur snobisme, jusqu'à leur vulgarité. Rien n'est triste comme des fleurs asservies. »
(Octave Mirbeau, 1848-1917, écrivain français ; Le Concombre fugitif, 1894)